Présentations
Accueil: Présentations: Publications: Les Moulins à Eau de la Vallée du Saint-Laurent [English Features]

Culture et Patrimoine
Francine Adam~Villeneuve
Cyrille Felteau

Préface de Serge Joyal,

LES EDITIONS DE L'HOMME*

CANADA: 955, rue Amherst, Montréal H2L JK4
EUROPE: 21, rue Defacqz -1050 Bruxelles, Belgique

* Filiale du groupe Sogides Ltée

Préface

       A leurs occupations respectives de recherchiste et de journaliste, Francine Adam-Villeneuve et Cyrille Felteau ont ajouté la tâche de recenser et d'inventorier les moulins à eau du Québec, échelonnés de Pointe-du-Lac à Riviè- re-du-Loup. Il faut leur en être spontanément redevable, tant ont été désastreuses depuis les dernières décennies les pertes causées par l'ignorance, le vandalisme, l'insoudance et la cupidité.
       
Ce n'est pas faire oeuvre d'élite que de lutter au Québec pour conserver et diffuser le patrimoine. Il rend un éminent service à ses compatriotes celui qui ferraille contre la spéculation ou l'acharnement que mettent parfois, consciemment ou non, certains pouvoirs publics ou promoteurs, pour démolir un édifice, ruiner un site, gâter un monument qui doit servir aux hommes de notre temps de point de repère dans cette recherche diffidle et lente d'une identité qui paraît nous échapper.
       
Ce souci de ne pas laisser pourrir et disparaître les objets de notre mémoire collective doit atteindre au Québec une mesure quasi obsessionnelle.

        Une sodété comme la nôtre, exposée à toutes les vidssitudes de l'éphémère et du futile,ne peut rester passive devant les meurtrissures et les agressions qu'en cer tains milieux on inflige impunément à notre patrimoine.
       
Des générations qui consomment plus vite leurs rêves et leurs chimères qu'elles ne fouillent et n'interrogent les débris d'une histoire somme toute pas si lointaine, courent le risque de promener au gré des mirages et des culs-de-sac leur imaginaire stérile.
       
Le sens de la durée, la continuité d'un effort de civilisation qui, comme l'illustrent les auteurs, ne se limitent pas aux arts classiques mais recouvrent tout un système économique et sodal, ont donné au Québec des radnes uniques.
        Cette préoccupation d'évoluer sans brisure, de s'adapter au temps et au rythme des saisons, de renouveler et reprendre les fidélités
à un effort vital de création et d'originalité, doit inspirer nos engagements du temps présent.
        
L 'héritage de l'esprit est la condition essentielle à la survie d'un peuple. Au-delà des équipées individuelles, il y a ce soud constant, landnant, de s'interroger sur la suite d'une aventure commencée il y a plus de quatre siècles. Si nous ne voulons pas disparaître, non pas comme individus, mais comme société, nous aurons à fouiller l'esprit de la tradition, et à prendre face aux événements d'aujourd'hui la distance qui peut seule nous permettre d'apprécier dans leur juste perspective les valeurs qui ont inspiré nos luttes et nos résistances, au-delà d'une langue commune qui, autrement, risque de servir seulement de rempart distinctif ou, à la limite, d'attribut folklorique.
       Les Québécois, pour échapper au terrible jugement de Georges-Etienne Cartier qui
ne voyait plus en eux que "des Canadiens anglais... parlant français", ne peuvent croire que les seules frontières linguistiques suffiront à leur tenir lieu de culture. La langue n'est pas toute la culture. Certes elle en modèle l'inspiration, comme les gènes d'une même famille .fixent les parentés du visage, mais elle ne puise pas sa force qu'aux seules sources du vocabulaire: elle ne s'anime, elle ne vit que lorsqu'elle est mue par un effort de civilisation, comme ces lourdes meules de pierre actionnées par l'eau fraîche d'un ruisseau captif
       Sans la médiation des signes et des symboles que nous ont laissés nos prédécesseurs, nous ne pourrons faire surgir
à notre consdence la singularité de la condition de francophone en terre américaine. Sans cette ftliation que nous aurons retrouvée, nous risquons de demeu- rer orphelins au seuil d'un engagement à renouveler les formes d'un imaginaire... presqu'affolé.

Serge Joyal
Député de Maisonneuve-Rosemont