le mecredi 28
octobre 1998
- Le sénateur Joyal: Cela m'amène à la question
suivante. Comment pouvons-nous être sûrs que ces commissaires seront indépendants? Un
des plus importants éléments de l'administration de la justice est de s'assurer que les
gens qui sont chargés de prendre les décisions sont totalement indépendants de ceux qui
font l'objet des plaintes.
- Le sénateur Joyal: Comme vous le savez, la population
canadienne s'intéresse beaucoup aux questions d'égalité entre les hommes et les femmes
qui travaillent dans la fonction publique et pour les forces armées.
Les affaires de
harcèlement sexuel dont l'armée a été le théâtre et dont nous avons entendu parler
nous confirment qu'il existe une différence entre la vie civile et la vie militaire, à
cause de la hiérarchie et de la discipline qui jouent un rôle contraignant et si
important pour assurer le bon rendement des forces armées.
Selon vous, comment la Commission d'examen des plaintes pourra-t-elle assurer aux
membres féminins des forces armées le traitement le plus juste possible?
Lorsque vous affirmez que le principe d'égalité est respecté, je suis sûr que
personne autour de cette table ne met votre parole en doute. Mais il ne suffit pas de le
dire; il faut également savoir comment le système est géré afin de protéger ceux qui
sont plus «menacés» et de prévenir la discrimination systémique qui pourrait exister.
Je le dis avec beaucoup de respect, colonel Samson, votre réussite démontre
clairement que les femmes peuvent détenir des responsabilités très importantes au sein
des forces armées. Toutefois, pour nous, à l'extérieur, c'est un système qui demeure
dominé par les hommes. Je veux dire qu'il y a plus d'hommes que de femmes à tous les
niveaux.
Nous croyons savoir que l'on a proposé de réformer le système dans le sens d'une
plus grande égalité. C'est un système qui présente des caractéristiques très
particulières en ce qui a trait à la discipline et à la hiérarchie. Dans la vie
civile, ces facteurs n'entrent pas en ligne de compte de la même façon. Pourtant, nous
devons essayer de voir comment le système peut être géré et exploité pour assurer que
les femmes sont protégées.
Je suis certain que nombre de mes collègues au sein du comité sont préoccupés par
les réformes envisagées.
J'aimerais revenir à la question de la présence des femmes au sein de votre service.
Selon moi, au niveau municipal, lorsque les gens voient deux policiers, un homme et une
femme, dans la même voiture, ils pensent généralement qu'ils vont être traités de
façon plus équitable que s'il y a deux hommes. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être
faisons-nous davantage confiance aux femmes qu'aux hommes pour être traités de façon
équitable.
Envisagez-vous intégrer certaines mesures d'action positive à votre programme de
recrutement? D'après ce que je comprends, selon la recommandation 10, vous allez être
chargée de la sélection et du recrutement des policiers militaires. Vous allez vous
trouver dans une position privilégiée pour assurer que la composition de votre effectif
est équilibrée. Il sera pour vous beaucoup plus facile de garantir aux membres des
forces armées, notamment au personnel féminin le meilleur traitement possible.
C'est une question de politique qui a énormément d'importance. Si vous réorganisez
votre service sur de nouvelles bases, comme vous l'avez dit vous-même, pour en faire un
service d'avant-garde, c'est certainement un facteur que nous aimerions voir prendre en
compte par les Forces armées canadiennes. Pouvez-vous nous dire quelle approche vous
allez adopter et comment vous allez mettre ce principe en oeuvre?
- Le sénateur Joyal: Pour avoir un bon point de
comparaison, quel est le pourcentage de femmes par rapport aux hommes au sein des Forces
armées canadiennes?
Col Samson: Dans
d'autres secteurs d'activité?
Le sénateur Joyal: Oui.
Col Samson: Au sein de l'armée, l'effectif féminin
représente environ 10 p. 100.
Le sénateur Joyal: Vous avez dit toutefois que ce
pourcentage ne vous satisfait pas car il n'assure pas une représentation équitable des
femmes au sein des forces armées, et que le meilleur moyen d'arriver à une situation
satisfaisante est de dire qu'il n'y a pas assez de femmes.
Col Samson: Je préférerais que nous nous en tenions à
la police militaire, car cela entre dans le champ de mes compétences.
La raison pour laquelle j'aimerais qu'il y ait plus de femmes dans les rangs de la
police militaire est que, parmi les plaintes que nous devons examiner, beaucoup sont
formulées par des femmes. Bien des plaignants qui s'adressent à nous sont des femmes.
J'ai un besoin plus pressant d'agents féminins que ce n'est le cas dans certains autres
secteurs d'activité.
Le sénateur Joyal: Ce que vient de déclarer le colonel
Samson démontre qu'il s'agit là d'une question très importante. Dans la perspective de
réformes éventuelles, c'est un important facteur.
Je vous remercie. Peut-être pourriez-vous tenir compte de cet aspect de vos activités
dans vos futurs rapports annuels. C'est une question à laquelle, sans l'ombre d'un doute,
s'intéressent les députés.
Il serait bon que vous signaliez dans votre rapport toute amélioration que vous
pourrez apporter en ce domaine.
Col Samson: Merci, monsieur le sénateur. C'est noté.
- Le sénateur Joyal: Sans vouloir vous mettre dans une
position difficile, j'aimerais vous poser des questions sur un autre sujet. Compte tenu de
l'importance de maintenir le principe de protection des affectations de toute intervention
institutionnelle, comme le sénateur Fraser l'a dit -- je sais que le sénateur Beaudoin
se préoccupe également de cette question et, d'une certaine façon, nous en sommes tous
là -- si la loi devrait prévoir des nominations de 10 ans, avec une possibilité de
départ après cinq ans, cela n'arrangerait-il pas les choses?
Si une personne s'estime
à l'aise dans ce genre de vie -- une vie difficile, nous nous en rendons compte -- elle
aurait néanmoins l'assurance d'être en poste pendant un période fixe de dix ans.
Par contre, si après cinq ans, la personne en question est convaincue qu'elle n'a pas
apporté une véritable contribution à la nation et qu'elle souhaite poursuivre une autre
carrière dans l'armée, cette personne pourrait démissionner. Autrement dit, le système
militaire pourrait prévoir la possibilité d'un départ après cinq ans. La décision ne
dépendrait ni de la volonté, ni des souhaits, ni du bon plaisir des intéressés. Ce
serait un mandat bien défini à la suite duquel la personne concernée pourrait décider
de rester ou de se réintégrer dans l'administration au niveau qui correspond à ses
aptitudes professionnelles.
Si l'on en juge par les divers cas qui ont mis en lumière les problèmes, il me semble
que nous pourrions maintenir les principes que nous estimons essentiels pour assurer
l'impartialité du système. Par contre, les difficultés dont vous nous avez parlé
seraient résolues. Que pensez-vous d'un système de ce genre?
- Le sénateur Joyal: Vous comprenez donc ce que je veux
dire. Il s'agit des difficultés professionnelles dont vous nous avez parlé. Nous
compatissons tout à fait. Par contre, au moment de concevoir un nouveau système, nous
devons faire en sorte de respecter le plus possible le principe d'indépendance du
système judiciaire. C'est ce que nous essayons essentiellement de faire.
Pour ce qui est de la sécurité de l'affectation, nous devons tenir compte de
l'existence d'une commission qui fera des évaluations. S'il n'existe pas de critères
pour ces évaluations, comme le sénateur Fraser l'a dit, toutes les influences peuvent
s'exercer en même temps, et il nous est difficile de voir là un système très
rigoureux.
Si nous devons revoir tout le système judiciaire militaire, nous voulons nous assurer
de ne pas avoir à le réexaminer chaque année. Regardez l'envergure du projet de loi. Il
englobe tout et nous voulons être sûrs de faire ce qu'il faut. Les sénateurs qui sont
assis autour de cette table essaient d'en arriver à un équilibre permettant de respecter
les carrières professionnelles, les fonctions militaires ainsi que les principes du
système que nous essayons de mettre en place.
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