Juin 1997

Bulletin de l’honorable Sharon Carstairs, sénatrice pour le Manitoba
 Numéro 4

Cher lecteurs
Châtiments Corporels
Royaume-Uni
Communication de dossiers d'orientation dans les cas d'infraction d'ordre sexuel project de loi C-46
Du nouveau au sujet du projet de C-68

Introduction 

Chers lecteurs et lectrices,

Le printemps est de retour, et je ne m’en plains pas après la course folle des derniers mois. Tout au long de la plus grande partie de la session d’hiver, j’ai été absorbée par les projets de loi, la plupart ayant été renvoyés au comité sénatorial que je préside. Durant la dernière session, le Comité sénatorial permanent des affaires juridiques et constitutionnelles s’est réuni au total 84 fois, ce qui représente 170,7 heures de séance, et a entendu 369 témoins dans le cadre de l’étude de 33 textes de loi.

Un des plus complexes, soit le projet de loi C-71, Loi modifiant la Loi réglementant les produits du tabac, a absorbé 33 jours de séance. Dans le cadre de son étude fouillée, le comité a entendu 61 témoins, y compris des porte-parole de l’industrie du tabac, de l’industrie des sports et des activités récréatives, du milieu des arts et du secteur de la santé. Le projet de loi C-71 a reçu la sanction royale le 25 avril 1997.

Le Sénat a accueilli durant la dernière session plusieurs visiteurs venus observer par eux-mêmes les avantages et les désavantages du cadre constitutionnel et juridique du Canada. En novembre, des représentants élus du Comité des affaires constitutionnelles de la Finlande ont rencontré les membres du Comité sénatorial permanent des affaires juridiques et constitutionnelles afin de discuter de points constitutionnels communs. Au début d’avril, le comité a accueilli des parlementaires de l’État de Queensland, en Australie, en vue d’échanger au sujet des effets de la Charte des droits et libertés sur les lois.

Depuis le dernier numéro de Pour Information, j’ai déposé deux projets de loi d’initiative parlementaire, l’un au sujet des soins palliatifs et du refus ou du retrait de traitement (S-13), l’autre sur l’abrogation de l’article 43 du Code criminel (S-14). À en juger par le flot de lettres qui arrive à mon bureau, le dépôt de ces deux projets de loi a manifestement suscité un débat bien nécessaire dans les médias et dans l’arène publique concernant les soins palliatifs et la sécurité de l’enfant. Bien que les deux projets de loi soient morts au Feuilleton quand le Parlement a été dissous, juste avant les élections fédérales, j’espère que le débat se poursuivra. Cet été, je passerai en revue les suggestions et les préoccupations qui m’ont été communiquées par des Canadiens durant la dernière session. Je projette de redéposer les projets de loi dès la première session de la nouvelle législature, probablement à l’automne, et je verrai à ce que les textes répondent à certaines préoccupations exprimées par ceux qui m’ont écrit à ce sujet.

Passez un bel été!

CHÂTIMENTS CORPORELS

L’article 43 du Code criminel dit que : «Tout instituteur, père ou mère, ou toute personne qui remplace le père ou la mère, est fondé à employer la force pour corriger un élève ou un enfant, selon le cas, confié à ses soins, pourvu que la force ne dépasse pas la mesure raisonnable dans les circonstances».

Le 12 décembre 1996, j’ai déposé au Sénat le projet de loi S-14 visant à modifier le Code criminel et la Loi sur le ministère de la Santé (sécurité de l’enfant). Le projet de loi avait un double objectif: abroger l’article 43 du Code criminel et modifier la Loi sur le ministère de la Santé afin de clarifier le rôle, les fonctions, la raison d’être et les responsabilités du ministre de la Santé aux termes de la loi en ce qui concerne les enfants du Canada.

Les paragraphes 2(1) et (2) du projet de loi aurait modifié la Loi sur le ministère de la Santé. Ainsi, le paragraphe 2(1) du projet de loi cherchait à clarifier la responsabilité du ministre en ce qui concerne la promotion et la préservation du bien-être physique, mental et social des Canadiens et Canadiennes de manière à y inclure explicitement, pour ce qui a trait aux enfants du Canada, la diffusion d’information aux Canadiens sur les risques sociaux et de santé associés au châtiment corporel d’enfants et sur les solutions de rechange. Parallèlement, le paragraphe 2(2) du projet de loi aurait clarifié la responsabilité du ministre de manière à y inclure explicitement l’établissement de lignes directrices, en collaboration avec les provinces, pour la protection des enfants et la prestation de services d’application de la loi à leur égard.

Aux termes de l’article 43, il n’existe pas de lignes directrices applicables uniformément en vue d’aider les parents à définir ce qui convient ou ne convient pas comme châtiment. La création de lignes directrices relatives à l’exécution de la loi, en collaboration avec des services de soutien, ferait en sorte que le parent ne soit pas inutilement criminalisé, une fois l’article 43 abrogé.

Le projet de loi S-14 était débattu en deuxième lecture quand il est mort au Feuilleton, au déclenchement des élections fédérales, le 25 avril 1997.

La Charte canadienne des droits et libertés garantit le droit à la sécurité de la personne (article 7) et la protection égale de la loi sans égard à l’âge (article 15). D’après l’article 1 de la Charte, ces droits ne peuvent être restreints que lorsque leur justification peut se démontrer dans le cadre d’une société libre et démocratique. Les recherches ont révélé que les châtiments corporels d’enfants sont nuisibles. Ils entraînent des blessures et la mort d’enfants; ils contribuent à la violence et à l’agression au sein de la société; ils contribuent à la délinquance des jeunes et ils normalisent la violence comme moyen de résoudre les conflits. De plus, la recherche a montré que les enfants auxquels on administre des châtiments corporels risquent d’être blessés et de mourir. Rien ne peut donc justifier la restriction des droits des enfants comme le prévoit l’article 43.

En 1989, le Canada est devenu signataire de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant. Depuis lors, il s’est attiré des critiques internationales pour n’avoir pas abrogé l’article 43 du Code qui va à l’encontre de l’article 19 de la Convention des Nations Unies. En 1995, le Comité des Nations Unies chargé des droits de l’enfant a recommandé que soient interdits les châtiments corporels à la maison et ailleurs et a demandé que le Canada refasse l’examen de l’article 43.

 

ROYAUME-UNI

Ce fut pour moi un grand privilège de représenter le Canada et le Parlement lors de la visite de l’Association parlementaire du Commonwealth au Royaume-Uni, cette année. Vingt pays étaient représentés par 26 délégués, dont 11 femmes. C’était la plus importante représentation féminine de toute l’histoire de l’association.

Il était clair au départ que tous les délégués avaient des intérêts et des objectifs communs. Tous les membres du Commonwealth tiennent au respect des droits de la personne, à la promotion de la démocratie parlementaire et à la règle du droit. Tout au long du voyage, j’ai pris conscience de l’importance du Commonwealth dans le monde actuel. Il sert à faire le lien avec l’histoire canadienne et permet à ses membres d’acquérir de l’information et de l’expérience.

L’assemblée générale a permis de faire connaissance avec des collègues et de visiter la région. Nous nous sommes d’abord rendus à Londres, où nous avons visité Westminster, berceau de la démocratie parlementaire, et assisté à la première période de questions du gouvernement travailliste nouvellement élu, tant dans la Chambre des Lords que dans la Chambre des communes. Durant notre passage à la Chambre des communes, le gouvernement travailliste a signé l’Accord d’Ottawa, soit l’initiative lancée par l’honorable Lloyd Axworthy en vue d’interdire les mines terrestres. Comme vous l’imaginez, j’étais très fière de pouvoir assister, de la tribune, à un pareil événement.

Nous avons ensuite pris la route jusqu’à Oxford, l’île Jersey et Cardiff, en Pays de Galles. Le voyage à Oxford m’a permis de voir la plus vieille université de Grande-Bretagne et d’en comprendre l’aspect historique. Le Queen Elizabeth House, où sont menées les études du Commonwealth, m’a impressionnée. Il donne en effet aux membres du Commonwealth la possibilité d’approfondir leur connaissance de l’institution, tout en participant à des études visant à aider les nouveaux pays membres.

Le voyage à Cardiff a été particulièrement intéressant. Cardiff, qui se démarquait auparavant par ses taudis et son taux de chômage élevé, reprend vie. Son port, l’un des plus achalandés du monde, accueille actuellement un important projet de réaménagement urbain. On est en train de construire, au bord de l’eau, des habitations huppées à côté de logements sociaux. Des entreprises de haute technologie, par exemple des banques et des entreprises de télécommunications, créent aussi de nouveaux emplois dans le secteur manufacturier.

À l’île Jersey, la délégation a été reçue par l’aile locale de l’Association parlementaire du Commonwealth. Jersey est une très belle île. Le panorama qu’y offre l’océan Atlantique est à couper le souffle.

Pour ma part, la visite de l’une des nombreuses tapisseries illustrant l’occupation de Jersey par les Nazis pendant la Deuxième Guerre mondiale m’a particulièrement plu. Ces tapisseries sont d’exquises oeuvres d’art créées par des personnes qui se sont réunies pour partager leurs récits de guerre.

Ce que je retiens le plus du voyage, c’est l’échange d’idées entre les délégués. Je me suis fait de nouveaux amis un peu partout dans le Commonwealth, des amis auxquels je peux faire appel à titre personnel comme politique.

 

 

COMMUNICATION DE DOSSIERS D’ORIENTATION DANS LES CAS D’INFRACTION D’ORDRE SEXUEL - PROJET DE LOI C-46

Le numéro précédent de Pour information comportait un article sur le projet de loi C-46, Loi modifiant le Code criminel (communication de dossiers dans les cas d’infraction d’ordre sexuel). Le ministère de la Justice a déposé le projet de loi à la suite de la décision prise par cinq juges de la Cour suprême contre quatre qui permettait aux avocats de la défense d’utiliser les journaux intimes, les dossiers d’orientation ou les dossiers privés d’un plaignant dans le cas d’une infraction d’ordre sexuel.

Je faisais remarquer dans ce numéro les divers avantages et inconvénients du projet de loi s’il venait à être adopté. Le projet de loi C-46 était une modification essentielle, car, sans lui, les plaignants dans les cas d’infraction d’ordre sexuel auraient peut-être renoncé à obtenir des services d’orientation par crainte que les dossiers d’orientation ne soient utilisés contre eux dans une poursuite. Le projet de loi C-46 a reçu la sanction royale le 25 avril 1997. Une fois cette loi proclamée, les droits des plaignants et des accusés seront protégés. Le plaignant jouira d’une plus grande protection parce que les avocats de la défense devront prouver que les dossiers privés qu’ils veulent utiliser ont un rapport avec l’enjeu du procès. Une fois cette preuve faite, le juge qui préside examinera aussi la demande de même que les documents en fonction encore une fois de leur pertinence et des droits à l’égalité et à la protection de la vie privée prévus par la Charte tant pour la victime que pour l’accusé.

Le projet de loi C-46 est un compromis entre les droits des accusés et les droits des victimes. Il n’est peut-être pas parfait, mais après avoir suivi le débat dans les deux Chambres du Parlement, je crois effectivement que les droits des deux parties seront bel et bien protégés dans toute cause ultérieure d’agression sexuelle. Cependant, je suivrai de près l’application des dispositions du projet de loi pour faire en sorte que les victimes sont suffisamment protégées et que rien ne les empêche de se tourner vers les services d’orientation.

 

!!!DU NOUVEAU AU SUJET DU PROJET DE C-68!!!

Depuis la dernière parution de Pour information, les règlements d’application du projet de loi C-68, Loi sur l’enregistrement des armes à feu, ont été débattus dans les deux Chambres du Parlement.

Le projet de loi entrera en vigueur en janvier 1998 tel que prévu.

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